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Salon du livre de Kercabellec

1er prix du concours 2016 : Gérard VIRY

 

L’inconnue des dix-neuf petites rudesses

  

Elle arrivait de Paris, ils l’appelaient l’Irlandaise. C’était facile, c’était venu comme cela, sans effort. C’était sans doute aussi à cause du manteau de rousseurs qui la couvrait d’étoiles et faisait ressortir l’éclat cotonneux et lacté de sa peau.

Elle, elle allait, elle venait sur les étroites et terreuses avenues d’ici, zigzaguant entre les parcs à huîtres et les châteaux de sel, brûlant les bords de mer et les humeurs de la place du village, bras-dessus bras-dessous avec son éternel vélo, le mollet souple, les cuisses pleines et légères, un sourire incendiaire irrémédiablement cloué au fruit rouge de sa bouche. Ses bras étaient ronds et sa chevelure fauve. Qu’elle frôle ou passe à bonne distance, la présence sentie de son étendard gorgé de mèches fiévreuses, portées droites et fières dans l’épicentre du vent breton, réveillait instincts et désirs enfouis au plus profond du quotidien des estomacs.

Cela faisait quelques semaines qu’elle circulait ainsi dans les rues et aux alentours de Mesquer, nez en l’air et col de chemisette ouvert, disant « Bonjour », disant « Au revoir », les yeux brillants. Elle enchantait.

En vrai, chacun se gargarisait à croire que l’Irlandaise était une beauté surgie d’on sait où. Sans doute une fée ou une sorcière née de la rosée d’un matin de printemps, une apparition suscitant fantasmes et cauchemars, déchirant les veines et zébrant les sommeils sous nombre de toits. Elle était belle et vivait seule. Elle intriguait.

Si on ne la voyait jamais s’installer dans les bars, au Café du centre ou aux tables du Belém, partout où elle était passée, s’installait cependant derrière elle la capiteuse et affolante traîne d’un parfum de sulfure, petits cailloux de sentiments semés, jetés ou offerts pour accompagner l’insomnie des drôles de nuits à naître. Ainsi la nature des hommes les conduisait-elle par exemple à venir naturellement fouiner, lambiner au bord des étals du marché de Quimiac et ainsi tenter de l’apercevoir. Certains, arrivant plus ou moins discrètement dès l’aube du fond du village ou de ses environs, arpentaient mille fois la lisière des marais pour espérer la croiser. D’autres encore, mauvais patients, enfumaient le port de Kercabellec de leurs tabacs bruns ou blonds en jetant de fiévreux coups d’œil en direction des carrefours encore déserts. Tous debout sur leurs deux jambes la guettaient comme on traque le loup ou la perspective d’un grain sur la mer : le cœur tendu, anxieux. Et, lorsqu’enfin elle surgissait au détour d’une route ou d’une venelle, nombreuses étaient les pommes d’Adam qui se mettaient aussitôt à tambouriner la chamade dans les gorges asséchées par l’attente. L’Irlandaise leur souriait en gardant ses mains invariablement tenaillées au guidon de sa machine sauf lorsque, parfois, elle prenait une photo d’untel, d’un autre, d’un objet ou d’un bateau. On la voyait aussi s’inquiéter du sort des ostréiculteurs ou se passionner furieusement pour le quotidien des éleveurs de pigeons. Les saliculteurs et les marins, elle allait jusqu’à presque s’immiscer au creux de leurs mains calleuses, celles qui parlent dans leurs lignes du labeur, de l’économie de mots et des gifles successives obligées par la vie puisque, sur ce côté-ci du rebord du monde, de la pointe de Merquel jusqu’à la route du Marault, les embruns et le gros temps, tout ce qui vient du large, astreint à la rigueur, au dénuement vers l’essentiel, à l’abandon du diaphane pour le buriné, la cuirasse du verbe, l’esquisse des gestes et le brûlé des regards : la vie, dans le soleil salé des saisons rugueuses, forge le caractère de la terre et le sang de ceux qui grandissent face à la mer.

Et voilà une femme blanche et rousse qu’une bicyclette verte transporte entre la plage de Cabonnais et le Petit Paradis, en voilà une qui se met à accoucher les hommes de mots, leur faisant dire ce qu’eux-mêmes ignoraient jusqu’à présent de leur chair, ce qu’aucun korrigan, aucune sorcière ou farfadet n’auraient jamais su soutirer    – même sous l’effet du plus puissant des filtres – de leur vie. L’Irlandaise charmait et les hommes flambaient à s’entrevoir sous dais cuivré. Les femmes, moins. Dieu ! Bien sûr que les femmes de par ici sont belles. Et, si d’aventure, l’une ou l’autre venait mystérieusement à traverser la mer pour Wexford, Dublin, Galway ou Dingle et qu’elle y marche, pédale, rampe… qu’importe !, les hommes de là-bas, pareils à ceux d’ici ou d’ailleurs, y magnifieraient, en la contemplant, l’incomparable du Mystère dans la lumière sombre de ses yeux devenus exotiques, rendant la méfiance de leurs compagnes aussi sincère, hirsute que démunie. Nul doute alors qu’on appellerait cette dérangeante étrangère au choix Sudiste, Française ou Méditerranéenne.

Or donc, trois mois déjà que l’Irlandaise passait d’un port à un autre, visitant les recoins derrière les maisons ou les bateaux, arrêtant le travail des uns pour quelques questions, un rire, la quête d’un chemin ou d’un bout de ciel. Il était neuf heures, parfois huit, le matin, qu’elle était déjà repérée près des étiers ou dans la longueur des rues, distribuant des saluts en-veux-tu-en-voilà comme des braises à la volée. Trois mois d’incendies sans cesse renouvelés dans et hors les couples de la ville.

Mais chaque jour, à peine midi sonné, la drôle de fille disparaissait du village comme si elle désirait s’effacer du monde. Elle abandonnait les places et la foule pour se cloîtrer chez elle jusqu’au lendemain. Elle s’évanouissait mais son absence n’apaisait rien : à peine disparue, le manque et l’inconnu, se répandait alors en peste de mots vipérins dans les replis silencieux des salles à manger et des abris de pêcheries. Et, puisqu’on ne la voyait plus et que la carence sortait ses crocs, on délirait sur ses péchés jusqu’à l’obscurantisme. On dissertait, la bave aux lèvres : c’est sans doute, sans nul doute même, parce qu’elle reçoit des hommes, des alpagués du matin, des chanceux, des pervers à qui elle dévoile ses charmes, qu’elle nous abandonne. Ces salauds payent. Elle se fait payer, c’est sûr !

L’après-midi la voyait donc devenir une traînée. Une belle trainée ! Certains, entrés dans la folie de la privation s’en persuadaient jusqu’à vouloir brusquer leur chance : après tout, pourquoi eux et pas moi ? Ils en arrivaient alors qui, dès treize heures, n’attendaient pas le prochain coq de Pierre pour renier la passion du matin en empilant alcools et cafés dans leur œsophage afin de se donner le courage éperdu de venir frapper à sa porte à l’heure du thé ou du dîner, les mains moites planquées sous un cadeau froissé. Mais le cœur battait trop et peu osaient, finalement, poser leur doigt flageolant sur le bouton frais de la petite sonnette. Ces presque téméraires gardaient leur cou tassé par la honte dans le col de leur vareuse ou de leur veste. Alors, pourvu qu’elle ouvre vite : ils comptaient les secondes comme des siècles et, quand elle entrebâillait enfin sa porte, ils découvraient qu’elle avait toujours le même sourire fondant agrippé aux lèvres. Elle remerciait pour l’attention, les fruits, le poisson ou le kilo de pommes de terre. C’est touchant, il ne fallait pas. Elle remerciait mais ne proposait jamais d’entrer. Aucun ne se serait du reste risquer à mettre un pied en travers de la porte. Tout lui était déjà pardonné.

-  Bon ben… alors… je vous vois demain au magasin ?

-  Bien sûr ! Et encore merci pour les pêches.

Ceux-là repartaient heureux du sourire accordé et moroses de ne pas avoir osé. Qui sait si… avec un peu de bravoure… Alors on reviendrait !

D’autres, moins hardis, se contentaient de roder en chiens faméliques autour de chez elle la nuit, à contretemps du halo des réverbères. En essayant de percer l’au-delà de ses fenêtres, ils laissaient leurs rêves rouler comme des billes inquisitrices dans leurs têtes de flipper : ils avalaient goulûment la lumière de sa chambre jusque tard dans la nuit même si elle leur brûlait les neurones. Car cette lampe qui incendiait leurs ténèbres n’était pas la lampe blanche et franche d’un simple plafonnier, celui qui éclaire un travail ou une activité honnête. Cette lumière, giclant par tous les pores des vitres de la chambre, était au contraire chaude, ronde, orangée, venue d’un chevet posé sur le côté d’une couche, d’un lit. Que pouvait illuminer de sain ce fanal qui, en tout cas, ne se rompait jamais avant que ces hommes n’abandonnent leur poste de guet, bredouilles, parce que tout à l’heure était un nouveau jour de labeur, de chalutier en partance ou de réception de marchandises ? Un peu de sommeil, s’il ne réparerait rien, apaiserait au moins la fatigue du matin à venir.

Dans les boutiques, sous la brise, les femme de Mesquer parlaient. Chacune avait observé et bien vite compris les dangers que charriait l’Irlandaise et ses genoux à l’air. Chacune avait flairé la montée des luttes à venir. Elles s’unirent donc parce que toutes craignaient. Et c’est ainsi que, d’abord timidement, munies de mots à reliefs, elles se mirent simplement à l’évoquer comme on disserte nonchalamment sur un mauvais virus d’hiver. Puis, très vite, elles échangèrent à claire voix sur celle-là qui affolait la tête et le reste de leurs bonhommes. Elles comprirent qu’il leur fallait agir, faire pour ne pas se laisser déposséder d’un bonheur tranquille qu’une différente venue d’on ne sait où et qui faisait on ne sait quoi, détricotait tranquillement jour après jour. La situation n’avait que trop duré. Elles sortiraient les poings avant que les cris et les larmes n’envahissent définitivement leurs lits. Agir, c’était d’abord parler, se réunir, se reconnaître au coin de la rue, se réconforter. À la poste, chez la fleuriste, devant un petit café, elles s’épaulaient l’une l’autre pour garder la tête haute.

Un midi, elles se décidèrent vraiment. Elles iraient chez l’Irlandaise pour lui parler du pays. Ce fut le treize août. Ce jour-là, le ciel avait décidé de se faire si pur, tellement aigue-marine, qu’elles y décelèrent un heureux Signe dans la légitimité de leur démarche. Elles se retrouvèrent ainsi à dix-huit, gonflées à bloc face aux hauts murs rassembleurs de la Maison du Patrimoine. Cette ligue sans titre, armée par la volonté farouche de conserver familles, frères, hommes ou amants au nom de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs ancêtres, luttait déjà depuis toujours contre la mer et ses furies, celle qui engloutit, arrache le cœur de sa cage à chaque sortie des hommes, celle qui attire les marins, avale les bateaux entre deux creux aussi facilement que la baleine Pinocchio, celle qui ne rend aux pla-ges que des échardes de bastingages, avait l’habitude du combat inégal. Ces femmes qui acceptaient que leur corps plisse, se courbe, se rabougrisse sous l’air, n’allaient pas se laisser autrement abîmer par l’insolence mystificatrice d’une opaline, une lisse, un mirage. L’Irlandaise ne romprait jamais le cycle de leur Résistance ! Car ces femmes bataillaient depuis toujours contre les bourrasques. Elles résisteraient comme leurs mères bien avant elles qui avaient combattu bien plus terrible que cette allumeuse de cœurs, cette voleuse de désirs et de fantasmes. Ces femmes de Mesquer s’étaient dressées si inlassablement contre l’océan, ses sirènes et ses chimères, que cette minuscule bataille, purement humaine, ne pouvait leur échapper. En plus, cette fois, elles se sentaient de taille : si on ne peut rivaliser avec la mer immense, indomptable dans ses houles et ses humeurs, on peut cependant aisément soumettre, mettre à terre, piétiner et porter au bûcher une envoûteuse de chair et d’os. Celle-là ne leur prendrait pas les hommes, les vies et la douceur du village. L’Irlandaise n’était pas l’océan.

Elles avançaient tandis que le soleil chauffait leurs fronts, anesthésiant leur raison, rendant leur pas martial et inquiétant. Elles marchaient droit sur l’Irlandaise dans le grondant d’un silence déterminé. Lorsqu’elles arrivèrent à destination, elles ne sonnèrent pas. Elles abrutirent sans façon la porte de leurs poings serrés. Les fronts étaient hauts, les têtes montées, les cous et les regards droits et sans plis. De loin, légers, aériens, des pas, un velours de chat se fit percevoir. L’Irlandaise n’avait pas encore ouvert que sa présence la précédait. Un instant, les dix-huit semblèrent vaciller.

-  Mesdames…

L’Irlandaise souriait encore et toujours. Elles se reprirent. L’une d’entre elles força le passage. Les autres s’engouffrèrent et la suivirent jusque dans la chambre où personne ne se trouvait.

-  Si on est là, c’est pour que tu nous laisses tranquille.

-  … ?

-  Ouais, c’est pour que tu laisses nos hommes tranquilles.

-  Tu leur tournes la tête avec tes façons d’ailleurs.

-  Tes manières de pas d’ici.

-  Je ne comprends pas bien…

-  Tu ne comprends pas bien ?

-  Non.

-  T’es là, tu rôdes, tu tortilles, tu t’habilles…

-  Comment tu veux qu’on fasse nous…

-  On bosse, on a les enfants, on se donne du mal. La nuit aussi…

-  Même là, ils pensent à mal.

-  Y’a assez de la mer pour nous faire souffrir, alors toi hein, t’es rien… S’il le faut, ça sera à l’usure peut-être, mais on t’aura !

-  Mais euh… Je…

-  Y’a pas de euh ! Y’a rien qui compte. Faut que t’arrêtes d’être trop belle la rousse, faut que t’arrêtes de circuler, de papillonner comme ça partout dans le village. Les routes, elles sont pour le travail, pour les touristes, pour nous aussi mais toi non, tu ne peux pas vivre ici avec nous pour nous détruire de l’intérieur. Ne nous oblige pas à être contre toi, à nous dresser. Ça, on sait faire et depuis toujours, crois-nous.

-  Ce qu’on te demande n’est pas compliqué.

-  C’est vrai ça, tu débarque un matin, comme ça, on ne sait d’où, tu t’installes et tu causes, tu allumes, tu balades tes seins, tu prends des photos. D’ailleurs regarde, y’en a plein les murs là, des photos de nos hommes au port, sur le marché, dans les rues. Bordel, tu fais quoi avec çà ? Tu collectionnes nos maris dans leur milieu naturel ?

-  Mais c’est vrai, tu fais quoi avec nos hommes épinglés sur les murs de ta chambre ? C’est quoi ces photos ? C’est nos vies que tu prends ? Et toute cette paperasse étalée sur ton lit, c’est pourquoi ? Tu fais quoi avec ?

-  Une sélection d’étalons ?

-  Un ordre de passage pour ta couche ?

-  T’es pute ou quoi ?

-  T’es qu’une putain ?

-  C’est ça, t’es qu’une sale putain !

-  Non, ce n’est pas ça, attendez…

-  Y’a rien à attendre. Ta poitrine presqu’à l’air, tes cheveux, tes jambes nues, non mais, tu nous crois aveugles à ce point !?

-  Et puis les après-midis, tu fais quoi ?

-  La nuit aussi, hein ?

-  Traînée !

-  Rabatteuse !

-  Moi, je ne trime pas toute la journée pour que mon Alex il vienne dépenser notre argent chez toi. Ah ça non !

-  Ça non !

-  Assez causé, t’as besoin d’une leçon !

-  Ouais, d’une bonne leçon…

-  Attendez ! Je vais vous expliquer.

-  Y’a rien à…

-  Juste une seconde, après, vous pourrez…

-  Encore une salade ! Mais nous, on n’est pas comme les hommes, on sait se dresser, on a l’habitude.

-  Écoutez-moi, après vous ferez ce que vous voudrez.

-  Hum…

-  Si vous décidez de me chasser, je partirai… dès demain s’il le faut.

-  Entourloupe !

-  Non, je vous le jure, je vous promets.

- 

-  … Tu partiras ?

-  Si vous le souhaitez, oui, dès demain matin.

-  Sûr ?

-  Certaine.

-  … Ok, on t’écoute.

Elles l’écoutèrent les nerfs tendus. L’Irlandaise parlait doucement, sans jamais forcer le ton. Elle prenait le temps d’expliquer, feuilles à la main, pointant les photos, un homme par-ci, un paysage par-là… Cela dura le temps qu’il faut pour dire les choses. Les dix-huit faisaient silence. Plus tard, l’Irlandaise proposa un café et quelques gâteaux secs. Toutes acceptèrent et quand, encore deux heures plus loin, elles abandonnèrent enfin la petite maison, ce fut en s’embrassant et en se promettant de se revoir le lendemain pour partager un pique-nique sur la plage de Sorlock. Dix-neuf femmes pour un rendez-vous dans la légèreté de l’air marin.

À Mesquer, je suis restée cinq mois. Cinq mois relativement contrastés parce que divisibles en deux parties. Au début, tout allait bien. Je me baladais, je découvrais le pays, c’était confortable et fructueux. J’y trouvais les habitants ouverts, accueillants, bienveillants, prévenants même, si bien qu’il m’a semblé que mener un petit bout de vie là-bas me serait facile. J’apprenais vite sur les métiers du sel, sur ceux de la pêche et sur la façon dont le temps s’écoule au creux de ce petit bout du monde. Pendant les trois premiers mois, rien n’est donc venu troubler l’espace réglé que j’avais mis en place : découverte le matin, enfermement l’après-midi et la soirée. Or, ce que je n’avais pas mesuré, c’était la difficulté que la présence d’une femme, d’une étrangère pouvait susciter d’interrogations et de méfiance parmi les autres femmes… ainsi, un jour, une sorte de délégation nerveuse de plusieurs d’entre elles, remontées, presque violentes, est venue frapper à ma porte. Quand elles sont arrivées, elles avaient toutes le visage fermé et les yeux en feu. Elles ne mirent d’ailleurs guère de temps à m’exposer l’objet de leur courroux : je devais partir, quitter Mesquer au plus tôt parce qu’elles me considéraient comme un danger. Ma présence, mon apparence, ma manière d’être, ma façon de vivre, mes manières étaient ressenties comme nuisibles et dangereuses pour le maintien de leurs vies familiales, amicales et… sexuelles. Elles tremblaient à l’idée que je ne bouscule gratuitement l’équilibre de leurs vies. Elles m’interrogèrent sur mon travail, sur la raison de ma présence chez elles et j’ai eu toutes les peines du monde, je l’avoue, à les rassurer et les convaincre de la bienveillance de mes intentions. J’ai même dû donner des gages de moralité en leur présentant la photo de Maxime et de nos deux filles, tous trois restés à Paris. Après la présentation de la réalité de mon pédigrée, du pourquoi de ma présence, j’ai réussi tout de même à les convaincre de me garder encore quelques semaines en leur donnant la date programmée de mon départ définitif. Elles m’ont finalement cru et, après que nos langues se soient laissées aller autour d’un thé et de quelques gâteaux, l’une d’entre nous proposa de sceller, dès le lendemain, notre amitié nouvelle autour d’un joli pique-nique en bord de mer.

Cet événement, à la fois viril et féminin, orienta les deux derniers mois de ma présence à Mesquer. J’ai ainsi pris conscience de l’importance du rôle que jouaient les femmes de ce village. Dans la fierté de vivre entre rudesse maritime et beauté romantique paysagère, elles étaient une partie de l’âme même de leur village et que, contre tous vents, contre toutes marées, toutes légitimes méfiances, elles restaient définitivement debout, droites et fières, à la barre, dans l’adversité, cheveux tenus et épaules hautes, aux aguets. À partir de là, j’ai complètement réorienté vers elles et d’une seule traite, le pivot, le nœud du roman policier que j’étais venue tranquillement, en m’isolant, écrire et situer chez elles. C’est pour cela que je l’ai appelé ainsi : L’inconnue des dix-neuf petites rudesses.

 

2e prix : Monique-Marie CHAMPY avec « Marianne contre vents et marées »

3e prix : Catherine GUIHARD avec « Les tribulations de Barnard et Léonard »

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